Arnaud Lander

Nouvelles sombres et brutales

Et un joyeux noël !

9 minutes de lecture
Par Arnaud Lander

Louis posa la scie sauteuse encore fumante dans le fatras. Depuis les travaux du printemps, il n’avait jamais pris le temps de ranger soigneusement son espace de travail, ce qui donnait un air d’accident permanent à son garage.

« Bordel Régine, t’as pas vu mon tournevis ? »

Régine ne répondait pas. Comme toujours, cette grosse conne devait encore ne rien entendre. Juste bonne à faire la cuisine et passer la serpillière, jamais là pour l’aider lui, Louis, qui devait supporter toute la charge mentale du Projet. Elle savait très bien qu’il s’agissait du moment de transition où il devait changer de matériel, et où une aide extérieure n’était jamais de refus pour éviter les manipulations superflues. Mais elle préférait faire sa popotte aux fourneaux.

« Faut tout faire soi-même dans cette baraque ! »

Il avait dû poser la scie sauteuse juste-là sur le côté, à l’arrache. Il aurait préféré la démonter et la ranger, mais tant pis, il fallait aller vite. Sans assistance. Il devait enchaîner avec le tournevis. Maintenant. C’était le process. Il était 12h12.

Il alla fouiller dans le sac plein de vieux pinceaux, chiffons et couteaux à enduire. Il avait le vague souvenir d’avoir laissé son Facom là-dedans au moment des travaux de la salle de bain en avril dernier.

« Ah ! »

Il avait senti une tige dure et froide. Il remonta sa main à l’aveugle dans le cabas Leclerc en bazar et put finalement tâter la pointe cruciforme caractéristique.

« Parfait. »

Louis avait retrouvé son tournevis. Il allait pouvoir continuer son ouvrage. Régine pouvait continuer à préparer sa tambouille habituelle, il allait profiter tout seul de son petit moment à lui. Tant pis pour la grognasse.

Il contempla son tournevis un temps, se remémorant tous ces menus travaux qu’il avait pu réaliser depuis vingt-cinq ans qu’il vivait dans sa petite maison de ville : les appliques à poser ici et là ; les prises à démonter et remonter ; les cadres à accrocher ; les piles à changer dans les VTech des gosses. Et puis il y avait eu les travaux structurants : la chambre des jumeaux ; les toilettes du bas ; les toilettes du haut ; les combles. La cave.

Et puis le Projet.

Son Facom l’avait suivi tout le long de ces inoubliables aventures faites de placos, d’isolants phoniques, de murs capitonnés.

Et tout au long du Projet.

Il médita sur l’influence de son accoutrement dans le process.

Sa barbe blanche, ses petites lunettes rondes et son costume de Père Noël acheté chez Emmaüs en 1992 lui conféraient une bonhommie tout à fait conviviale. Idéal pour animer Noël avec les gosses et pour passer pour le grand-père idéal auprès du voisinage. Calme, serein et bienveillant.

Il repensa également aux piles LR6 qu’il n’avait pas pu changer ce matin dans le singe chantant de son petit-fils, puisque ce foutu tournevis était introuvable. Il avait tenté en vain d’ouvrir le singe avec un Laguiole, qu’il avait un peu abîmé. Heureusement qu’il aimait fort son petit-fils, sinon il lui en aurait un peu voulu.

Il médita également sur l’influence des outils dans le process.

La scie sauteuse avait cet avantage d’être très efficace sur les éléments un peu plus durs. Par contre elle s’enrayait toujours un peu dans les parties plus molles.

Il avait tenté différentes méthodes depuis le temps pour pallier ce problème de matière ; perforateur équipé d’un bon p...


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