Le Bruit

Le pot

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Le sphincter.

La maîtrise du sphincter.

C’est là que résidait la clé. Il le savait depuis qu’il avait regardé les Maternelles à son 4ème mois de grossesse et que Maïténa Biraben avait invité Cassiopée Féroncle, puéricultrice naturopathe, pour évoquer le passage au pot de l’enfant, et notamment défendre l’utilisation des couches lavables pour une meilleure transition vers les sous-vêtements de grand.

Ernest souhaitait le meilleur pour son enfant à naître, mais il émettait de sérieuses réserves quant à l’idée de faire tourner des morceaux de colombin à 1200 tours minutes dans le lave-linge. Louis de son côté était plus sensible à ces discours niaiseux, et c...

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Derrière le livre

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Il le savait, c'était ainsi,
Ainsi se déroulait sa vie
Toute son histoire, déjà écrite,
A l'encre sympathique 

Page après page, ligne après ligne,
L'invisible devenant réel,
L'amour, ...

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Fantôme

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Juxtaposées dans l’espace, ses millions de silhouettes apparaissaient là. Dans la cuisine. Dans le salon. Dans le canapé et le fauteuil relax.

Tous ces doubles de lui-même semblaient bien affairés. Vider le lave-vaisselle, laver les verres à bière restants. Chauffer le plat du fiston, donner ses croquettes au chien. Ouvrir le micro-onde. Fermer le micro-onde. Allumer le gaz. Oublier de fermer le gaz. Zyeuter le contenu du placard pour grignoter. S’affaler devant la télé. S’affaler devant l’ordinateur. S’affaler devant la télé et l’ordinateur. Se figer des heures à scroller sur le smartphone. Ouvrir la porte pour sortir en costume. Avec ou sans le chien. O...

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L'arbre

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Tenu par la racine
Incapable de partir
Etouffé en dedans
Accroché dans la terre

L'arbre était né ainsi
Prisonnier du soleil
Et de la pluie

Fabriqué par hasard
Il y a peut-être cent ans...

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Et un joyeux noël !

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Louis posa la scie sauteuse encore fumante dans le fatras. Depuis les travaux du Printemps, il n’avait jamais pris le temps de ranger soigneusement son espace de travail, ce qui donnait un air d’accident permanent à son garage.

« Bordel Régine, t’as pas vu mon tournevis ? »

Régine ne répondait pas. Comme toujours, cette grosse conne devait encore ne rien entendre. Juste bonne à faire la cuisine et passer la serpillère, jamais là pour l’aider lui, Louis, qui devait supporter toute la charge mentale du Projet. Elle savait très bien qu’il s’agissait du moment de transition où il devait changer de matériel, et où une aide extérieure n’était jamais de refus po...

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Polar

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James Keenan tira une dernière fois sur sa Lucky Strike avant de jeter le mégot dans le caniveau. Sa montre affichait 23H02. Il était temps.

Il remonta les escaliers du commissariat de la 5ème, évitant les regards, concentré, histoire de ne pas perdre le fil.

Edgar Grospiron était un dur. Impossible de lui faire cracher le morceau.

« L’enfoiré a 74% de chances de s’en sortir… »

James Keenan n’en n’était pas à son premier interrogatoire marathon. Le dernier en date avait duré 96 heures, passées à tirer les vers du nez de Laetitia Serero, maquerelle réputée et pourtant invisible de Laravel Street. Un vrai fantôme. Elle organisait des partouzes non-homologué...

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Problèmes d'élection

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Le docteur était catégorique. Son chibre avait les caractéristiques d’un tuyau d’arrosage qu’on aurait abandonné dans le cabanon cinq étés d’affilée. Tout sec et incapable de sortir la moindre goutte à cause des torsions qui s’étaient formées en restant rangé trop longtemps. Tout renfrogné à la moindre tentative de le déployer. Tout desséché dans ses propres plis de bite desquamés. Bon à être changé au comptoir des retours chez Leroy. A trop être resté prostré dans le noir, son chibre était pour ainsi dire devenu complètement inutilisable.

Il aurait vraiment dû écouter le conseil de Johnny la Trompe – son comparse de toujours – et aller voir les putes. Ça...

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La bascule

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Comment penser que tout pourrait redevenir normal.

Cela lui faisait penser aux mégalithes qu’il avait parfois croisés en vacances dans l’Ouest. Alignés là, à l’épreuve du temps, comme sortis d’un monde figé, autour duquel tout avait changé. Il avait ce sentiment d’être le mégalithe, inamovible pendant que le bruit infernal grandissait autour.

L’innocence et la liberté avaient su se faire une place dans son cerveau jadis, mais aujourd’hui elles étaient devenues plus que tout exposées. Comme si ses pensées avaient cristallisé et se retrouvaient là, vulnérables et fragiles, prêtes à être écrasées par des circonstances malheureuses. Comme quelqu’un prend la v...

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Retour

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Son angoisse le bouffait. Trop d’informations, tout le temps, partout, pour si peu d’effets dans sa vie de tous les jours. Trop pollué par le bordel ambiant, il surnageait tant bien que mal, comme une carpe affolée qui se serait perdue dans un fleuve en crue croupi par les déchets industriels et le surplus des égouts.

Comme une bulle de mucus qui gonfle et rapetisse, le souffle court, l’air qui n’entre pas tout à fait, la respiration qui s’accélère et s’arrête tout à coup au moment où on se demande si l’on n’est pas en train de cesser de respirer. Une bulle de mucus, voilà la sensation qui l’obsédait. Il était aux aguets des prochaines crises, de ces mome...

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La piscine

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Il aimait regarder les Jeux Olympiques. Il se souvenait des JO de Sydney et des nuits passées à veiller en attendant qu’un français passe à la télé. Comme dans la plupart des événements sportifs de ce genre, il n’en connaissait jamais aucun ou très peu, mais en bon chauvin de son état, il appréciait d’encourager les tricolores quels qu’ils soient. Il baillait toute la nuit et s’endormait même parfois, mais il aimait bien être seul, comme ça, devant sa télé. La nuit. Au calme.

A l’époque il était sûrement trop jeune pour les nocturnes de ce genre, et ses parents auraient peut-être dû faire quelque chose. S’il n’avait pas pris ces mauvaises habitudes, peut-...

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L'atelier d'écriture

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Il n’y arrivait plus. Cette fois était la fois de trop. Il posa son stylo et regarda dehors. Il pleuvait. Il avait enfin arrêté de réfléchir et tomba la chemise. Il allait sauter nu sous la pluie mais sa femme l’en empêcha. Presque. Son slip jaillit. Son intérieur exposé. Ce n’étaient plus des rouflaquettes qui ornaient son pénis mais bien des cheveux longs à la Dorothée. Elle le lui avait dit ce matin et ça l’avait vexé. C’est pour cette raison qu’il était prêt à rouler son cul dans les flaques.

C’était la vingtième fois qu’il s’y reprenait mais c’était vraiment la fois de trop. Il avait craqué. Ces ateliers d’écriture imposée étaient trop compliqués pou...

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Le feu

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J’ai cent jours.

Dans un feu de douleur j’ai quitté ma maman. Je ne voulais pas voir ce monde si bruyant. Sa brillance infinie aveugle mon âme blanche. Mais l’amour qui m’entoure me berce, omniprésent. Les pleurs et puis la faim laissent place à la confiance. La peur s’évapore dans des sourires de chance. Je ne suis pourtant encore qu’un si fragile rampant.

J’ai grandi.

La souris est passée pour ma dernière dent. J’ai joué dans le jardin sous le ciel du printemps. Monté sur mon vélo, j’ai roulé très longtemps. Le monde s’est arrêté dans un virage violent. Le gravier m’a griffé, j’ai fait peur à maman. Le feu et le sang, l’antiseptique piquant. Mais je n’a...

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Le masque

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Johanna cliqua une dernière fois sur sa souris pour fermer la fenêtre de son client SQL. Elle en avait un peu assez de faire du développement toute la journée, et la gestion de projet lui manquait. Mais ce n’était pas grave, ce n’était qu’une période fastidieuse à passer. Une fois le socle du datawarehouse construit, il ne lui resterait plus qu’à modéliser ses packs dans le Framework manager Cognos. Un peu de cosmétique et après elle serait tranquille.

Alt F4, Alt F4 et encore une dernière fois Alt F4. Voulez-vous arrêter l’ordinateur ? Oui. Et enfin partir en week-end, bon sang.

Arrêt en cours. Petite roue qui tourne. Ecran noir ; et voilà. Prête à coupe...

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Le nuage

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Elle avait 9 ans. Les grandes vacances étaient demain. Elle ne le savait pas, mais Papa était venu la chercher à l’école car aujourd’hui il ne travaillait pas. Ça n’arrivait pas souvent car Papa était toujours très occupé, il avait toujours des rendez-vous et même à la maison il était souvent à son bureau pour finir ses dossiers.

D’habitude c’était Maman qui venait en voiture. Elle allait d’abord chercher Arthur chez Tatie, elle l’attachait à l’arrière dans le siège-bébé, puis elle venait à l’école la chercher. Elle aimait bien quand Maman arrivait. Postée sur le gros rocher à côté de la porte de l’école, elle scrutait toujours au loin les voitures qui ar...

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La fenêtre

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Il est de ces cœurs étranges qu’on ne pourra jamais sonder. Mystérieusement cachés au fond de leur tanière, inatteignables, ils résident dans l’ombre des années durant, discrets. Prêts à fuir dès l’instant où l’insécurité se ferait trop présente.

Maxence était de ceux-là.

Cela faisait des années que Samantha l’avait quitté. L’air hagard, il trainait encore de temps en temps dans le patio de son toit-terrasse, là où ils avaient échangé leur premier baiser. Ce soir d’août 2003 où la pluie chaude l’avait poussée à trouver refuge chez le beau ténébreux, elle avait lâché prise et baissé sa garde, prise au piège du regard enjôleur de Maxence. Il l’avait séduite...

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Jean-Jacques

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Jean-Jacques n’en avait que faire des serviettes hygiéniques de sa femme. Ce qu’il souhaitait le plus au monde, c’était s’acheter le sac de 4kg de briquettes de charbon Weber.

Il en avait rêvé depuis quelques temps maintenant. Acheter la maison, refaire l’intérieur. Prendre le temps de profiter. Aménager l’extérieur et pouvoir contempler sa femme se dorant la pilule l’été. Inviter les copains, boire un coup en terrasse, lancer les braises pendant l’apéro du soir. Préparer en cuisine la viande, les pommes de terre alu, les légumes à griller. Attendre tranquillement la fin de journée, et ce moment, où tout le monde se regarderait et aurait épuisé les sujets...

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