Arnaud Lander

Nouvelles sombres et brutales

L'atelier d'écriture

14 minutes de lecture
Par Arnaud Lander

Il n’y arrivait plus. Cette fois était la fois de trop. Il posa son stylo et regarda dehors. Il pleuvait. Il avait enfin arrêté de réfléchir et tomba la chemise. Il allait sauter nu sous la pluie mais sa femme l’en empêcha. Presque. Son slip jaillit. Son intérieur exposé. Ce n’étaient plus des rouflaquettes qui ornaient son pénis mais bien des cheveux longs à la Dorothée. Elle le lui avait dit ce matin et ça l’avait vexé. C’est pour cette raison qu’il était prêt à rouler son cul dans les flaques.

C’était la vingtième fois qu’il s’y reprenait mais c’était vraiment la fois de trop. Il avait craqué. Ces ateliers d’écriture imposée étaient trop compliqués pour lui. Il se suiciderait cinq jours plus tard en s’isolant dans le cabanon de jardin pour y respirer le gaz butane acheté à Leclerc trois ans avant, suçant le flexible gaz goulûment, humant cette odeur jusqu’à plus soif, crevant là comme un chien.

Fin

 

Julia referma le livre et le reposa sur l’étagère de la bibliothèque. C’était une vraie merde. Pas du tout crédible. Ni réaliste, ni policier, ni fantastique. Le seul genre qu’elle y avait décelé, c’était le désespoir délirant de son auteur, Jean-Jacques Julio, qui après trois cancers avait essayé de pondre un roman. La crise de la cinquantaine. Mais son roman n’avait absolument aucun sens. Pas étonnant que seule la ville de Massy-les-oies ait accepté de l’aider à éditer quelques volumes, dont celui-ci qui avait fini entre ses mains.

Julia cherchait l’inspiration jusque dans les plus sordides bibliothèques municipales. Celle de Massy-les-oies était sûrement l’une des pires, la bibliothécaire était grise, on aurait dit qu’elle n’avait pas dormi depuis quinze ans, à attendre que le public vienne visiter son établissement. Mais personne n’était venu, sauf Julia évidemment.

Julia aimait bien découvrir. Elle explorait. Parfois elle se perdait dans des endroits où elle aurait mieux fait de ne pas s’aventurer. Mais cette fois-ci, la cause était louable. Après avoir quitté Michel, elle s’était dit qu’elle allait laisser parler son âme d’artiste. Alors elle était allée à Cultura acheter du matériel pour peindre. Elle avait aussi acheté un chevalet. Et puis quelques crayons. Et au bout de quelques semaines à laisser sa toile vierge prendre soit la poussière soit des coups de pinceau foireux, elle s’était dit qu’elle pourrait peut-être essayer de se mettre à l’écriture. Alors elle s’était inscrite à l’Atelier de Régine, une association située à deux pas de la bibliothèque et qui proposait des ateliers les mercredis.

Aujourd’hui ils avaient fini leur session tôt, alors elle était allée faire un tour, explorer cet endroit où plus personne ne venait. Elle s’était rendue dans le secteur Arts et loisirs, puis dans le rayon Écriture, pour y trouver des livres parlant d’écriture. Passant sur le fait que ce système de classification était un peu improbable, elle avait tout de même trouvé ce bouquin.

La quatrième de couverture l’avait bien attirée. L’histoire d’un homme éprouvé par la vie qui se battait contre la maladie et retrouvait goût au bonheur en écrivant. Une page par jour au moins. Mais il finît par ne plus y arriver, en se fixant des objectifs toujours trop grands et inatteignables. Du coup à la fin il meurt. Un peu débile comme psychologie, et puis l’auteur semblait avoir une obs...


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