Le Bruit

Le feu

Par
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J’ai cent jours.

Dans un feu de douleur j’ai quitté ma maman. Je ne voulais pas voir ce monde si bruyant. Sa brillance infinie aveugle mon âme blanche. Mais l’amour qui m’entoure me berce, omniprésent. Les pleurs et puis la faim laissent place à la confiance. La peur s’évapore dans des sourires de chance. Je ne suis pourtant encore qu’un si fragile rampant.

J’ai grandi.

La souris est passée pour ma dernière dent. J’ai joué dans le jardin sous le ciel du printemps. Monté sur mon vélo, j’ai roulé très longtemps. Le monde s’est arrêté dans un virage violent. Le gravier m’a griffé, j’ai fait peur à maman. Le feu et le sang, l’antiseptique piquant. Mais je n’ai pas pleuré, car maintenant je suis grand.

J’ai vieilli.

Le souffle sur les braises ravive la flamme mourante. Il est très tard ce soir où dorment les enfants. L’automne a capturé l’écoulement du temps. Je n’ai pas vu venir ce vingt-et-un décembre. Le feu enfin s’agite devant ma belle dormante. Qui étais-je avant elle, je ne le sais plus vraiment. Et que serais-je demain, parfois l’angoisse me prend. Perdu par le bonheur, je ne sais plus qu’attendre.

J’ai cent ans.

Une histoire dont la fin est connue à l’avance. Les êtres aimés m’entourent d’un air réconfortant. Se remémorent la vie, si belle et enivrante. Les couleurs, la musique, la beauté des moments. Egarés pour toujours dans mon cœur s’arrêtant. Tous me regardent partir dans les flammes jaillissantes. A jamais je vous quitte dans un doux crépitement. Par le feu qui m’a fait, je pars aux quatre vents.


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