Par quel bout commencer
Par quel bout commencer.
Rien n’allait. La vie avait atteint le cycle d’essorage et elle tournait à mille deux cents tours par minute. Le corps en vrac, déséquilibré par toutes ces pressions et sollicitations quotidiennes. Et puis les aléas, les petits tracas. De la mousse qui restait entre les doigts, la vidange qui ne fonctionnait pas toujours correctement, l’espèce de dépôt de lessive qui restait dans le bac. La chaussette coincée dans le caoutchouc derrière le hublot – comment s’appelait cette partie déjà ? Le trombone qui finissait dans le filtre et bloquait tout.
C’était devenu son sentiment quotidien ; le truc qui ne fonctionnait pas correctement et grandissait peu à peu, au fond de soi, jusqu’à devenir une colère retentissante mais rentrée, qui ne trouvait jamais écho dehors.
Il fallait tenir bon. Elle enchaînait.
Lever six heures, le seul moment calme de la journée. Trente minutes de répit, le temps d’avaler un bout de brioche au beurre de cacahuète – son plaisir coupable et caché, auquel elle cédait à l’aube.
Et puis le réveil des gosses. Le cycle d’essorage qui reprenait.
« Putain mais elle va finir quand cette machine à laver ? »
Cela faisait douze minutes que le lave-linge affichait le compte à rebours à deux minutes. Il se foutait clairement de sa gueule.
« Ah ! »
Un bip retentit.
Elle poussa le chien, calé contre elle comme tous les matins. Elle dégagea nonchalamment son plaid en pilou, et se leva. Elle posa son plateau dans la cuisine. Il retentit aussi. Merde, pourvu que ça ne réveille pas les chiards en avance. Il lui restait dix minutes pour sortir le linge et le mettre au moins dans le panier, avant d’aller se préparer. Elle pourrait l’étendre quand elle reviendrait à la maison ce midi. C’était cool ce nouveau travail, elle bossait à côté maintenant. Mais son temps de repas avait été réduit à peau de chagrin. Sandwiche jambon fromage, sept minutes préparation comprise. Un café et c’était reparti. C’était chouette mais quand même infernal. Ce midi d’ailleurs elle avait prévu des pâtes au pesto – celles préparées hier soir à l’arrache – ça la changerait un peu.
Déjà projetée six heures plus tard. Dans l’anticipation, tout le temps, alors qu’elle était plantée là devant le hublot et qu’il n’était même pas encore sept heures.
Il lui restait six minutes. Elle venait de gâcher quatre minutes à faire on ne sait quoi. À errer dans sa tête.
« Merde, merde, merde ! »
Elle ouvrit le hublot avec la célérité d’un étudiant qui aurait laissé sa pizza ovale trop longtemps dans le micro-onde, encore en pyjama dans la cuisine collective, pressé de se réfugier dans son antre avec sa proie jambon fromage. Dans sa cave de post-ado. Ça aurait été bien une cave dans la maison. Avec une cave on peut aller en dessous la maison. C’est quand même une idée géniale. On peut ranger des choses, mettre en place des activités. Se consacrer du temps.
Du temps.
Le temps !
Deux minutes. C’était tout ce qui lui restait, à se perdre dans ses pensées comme ça. Elle en déduisit qu’elle était en train de fixer l’intérieur du lave-linge depuis quatre autres minutes.
L’intérieur. Le vide. Le noir.
Le noir ?
« Mais qu’est-ce que … »
Il n’y avait rien dans le lave-linge. Il était vide. Et par vide, elle voulait dire vide. Comme le vide infini. Qui sépare les étoiles. Du vide, quoi.
Il n’y avait...
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